Un Hub pour Petite Poucette, ce que nous appelons Quartier Libre (Vidéo)

Depuis de nombreuses années, je me pose la question suivante : « la librairie de demain sera-t-elle une bibliothèque ou la bibliothèque de demain sera-t-elle une librairie ? »
Depuis quelque temps j’ai décidé de ne plus chercher la réponse mais d’agir en écoutant ces nouveaux acteurs du livre et du numérique.
C’est alors que je participais à une conférence sur le livre et le digital (et non le numérique) que j’ai rencontré Eric Briys, un des fondateurs de Cyberlibris. Nous avons vite sympathisé pour la simple et bonne raison que nous sommes tous les deux des passionnés du li(v)re et des lecteurs/clients.
Lui « pure-player » digital et moi, libraire « traditionnel » orienté digital.
J’ai, pour ma part, eu la Joie d’échanger de nombreuses fois avec Eric, à la fois sur son travail mais aussi sur le projet Quartier Libre. A chaque fois, ce fut des conversions fouillées, réfléchies et prometteuses…
Eric a poursuivi les recherches avec son équipe et lance le DICE, dont vous découvrirez la définition et l’utilité dans l’article qui suit.
Il est temps de donner à la librairie des outils similaires et c’est en ce sens que Cyberlibris représenté par Eric Briys est un partenaire privilégié.
Quartier Libre est une librairie pour Petite Poucette, mais nous sommes convaincus que nous saurons l’étendre à tous ceux qui désirent fusionner comme le dit Kevin Maney dans son livre « Trade-Off », commodité, fidélité, et confort de l’expérience.

Il est temps maintenant pour moi de laisser la parole à Eric Briys, François Lascaux de Cyberlibris et Yannig Lavocat de Kedge Business School : « Un HUB pour Petite Poucette »

 Petite Poucette, si chère à Michel Serres, n’habite plus la même géométrie que celle de ses parents. Hier, l’espace quotidien était métrique, balisé par des distances. La distance scandait l’aventure. Petite Poucette ne connaît plus ces distances. Sa géométrie n’est plus physique. Elle est numérique. L’aventure est à portée de clic. Petite Poucette vit de proximités, de liens enchevêtrés. De proximités numériques en proximités numériques, Petite Poucette explore le monde comme jamais on ne l’avait fait avant elle.
Chaque année, universités et écoles accueillent dans leurs enceintes des centaines de milliers de Petites Poucettes. Ces enceintes sont encore le reflet du dispositif pédagogique conçu pour leurs parents. La pédagogie y demeure contrainte par la géographie du campus.
Conscient de cette inadéquation, Euromed (devenue depuis sa fusion avec Bordeaux Ecole de Management, KEDGE Business School Marseille) a lancé un vaste chantier de reconfiguration de ses espaces. Premier lieu concerné, symbolique s’il en est, la bibliothèque. La bibliothèque est devenue HUB avec l’ambition d’en faire un lieu d’apprentissage et d’expérimentation combinant « physique » et « numérique ». Cet article relate cette aventure.
Introduction de la bibliothèque numérique
Tout a commencé par la mise en place d’une bibliothèque numérique dédiée aux écoles de commerce accessible en streaming ( www.scholarvox.com conçue par www.cyberlibris.com ) avec pour objectif d’offrir aux enseignants et aux Petites Poucettes une offre complémentaire aux livres imprimés de la bibliothèque.
Cet ajout numérique n’est pas sans conséquence. Une bibliothèque physique offre un espace chaleureux, une interface polie au fil des siècles qu’il est facile d’embrasser du regard. Cet espace a néanmoins ses défauts. Un livre emprunté ne peut être lu par plus d’une personne à la fois (sauf à ce qu’il existe en exemplaires multiples ce qui pénalise la diversité des acquisitions). Lorsque la bibliothèque devient numérique, elle gagne en commodité ce qu’elle perd en fidélité, en qualité d’expérience. Elle n’offre plus le confort d’un espace en trois dimensions : Petite Poucette ne dispose plus de l’espace physique dans lequel elle pouvait embrasser les collections d’un seul regard, interroger le bibliothécaire, se mouvoir, s’installer confortablement pour quelques heures de lecture.
En revanche, elle peut « emporter » avec elle la bibliothèque. Il lui est possible de lire un ouvrage donné quand bien même deux mille autres Petites Poucettes le consulteraient au même moment. Elle peut le lire où bon lui semble. Pour reprendre la métaphore de Kevin Maney dans son livre The Trade-Off, ce que la bibliothèque numérique gagne en commodité, elle le perd en fidélité, confort de l’expérience.

Capture d’écran 2015-04-24 à 15.39.59G-Biblio représente la bibliothèque physique et e-biblio la bibliothèque numérique. G-Biblio offre à Petite Poucette un haut niveau de fidélité mais une faible commodité. E-Biblio est très pratique mais elle perd en fidélité. Pour résumer, ce qui est perdu en fidélité doit être regagné en commodité. Petite Poucette a parfaitement saisi le compromis qui lui est offert. Ses usages de la bibliothèque numérique en témoignent.
En dépit de ce succès, il n’était pas question d’en rester là : l’irruption numérique banalise la bibliothèque physique qui ne peut demeurer en situation de statu quo. Petite Poucette attend plus ! Elle veut encore plus de commodité et de fidélité. Contradictoire ? Non, Petite Poucette a raison : le numérique doit profondément hybrider le physique et vice-versa.

La bibliothèque re-mise en scène : le HUB
A l’issue du déploiement de la bibliothèque numérique et du redesign des volumes et espaces, la bibliothèque physique est devenue un HUB, i.e un « tiers lieu », un espace de co-working convivial et high-tech, bref un espace où l’on tâtonne ensemble. Petite Poucette peut désormais travailler dans des espaces privés ou ouverts, mener des réunions, rencontrer des experts, participer à des évènements, expérimenter une imprimante ou un scanner 3D, accéder à des ressources numériques…et lire bien sûr !
L’ancienne bibliothèque dans laquelle l’autorité du livre imprimé et celle de ses étagères prévalaient est devenue un espace où les livres conduisent aux Petites Poucettes et les Petites Poucettes aux livres. A une relation verticale au livre, Petite Poucette substitue, grâce au HUB qu’elle a contribué à façonner, une relation horizontale, de terrain. Petite Poucette Marseillaise est à un clic non seulement de l’étagère de sa voisine de sofa mais aussi de celle de sa voisine de Dakar !
Contrat à nouveau rempli avec des statistiques de fréquentations jamais atteintes jusqu’ici par l’ancienne bibliothèque. Petite Poucette est au rendez-vous. C’est le moment de la surprendre en lui offrant ce qu’elle n’ose imaginer : la restitution visuelle de l’intelligence que toutes les Petites Poucettes d’ici et d’ailleurs engendrent par leurs lectures et qu’en retour le HUB se doit de leur restituer. Car, chaque Petite Poucette est aussi une bien jolie métadonnée des livres qu’elle fréquente.
Le HUB : nouveau lieu de médiations visuelles et numériques
Dans une bibliothèque numérique, Petite Poucette laisse en temps réel de nombreuses traces: les livres qu’elle lit, l’intensité de ses lectures, les livres de ses étagères, etc…) Ces données s’ajoutent aux métadonnées traditionnelles utilisées par les bibliothécaires. La question qui vient alors à l’esprit est celle-ci: que devient l’organisation des livres de la bibliothèque lorsque l’on tient compte des signaux émis par toutes les Petites Poucettes dans toutes les écoles de commerce utilisatrices de ScholarVox ?
Pour répondre à cette question, il faut recourir à la science (et à l’art) des (méga)données et des algorithmes. C’est ce travail de longue haleine qu’a entrepris Cyberlibris, travail qui a donné naissance au DICE (Digital Content Explorer).
Grâce au DICE qui anime les écrans du HUB, Petite Poucette peut visualiser cette carte sociale des livres dont elle est à l’origine et l’actrice. Elle peut s’y mouvoir au gré de filtres qu’elle choisit à sa guise comme en témoignent la capture 1 suivante :

Capture d’écran 2015-04-24 à 15.42.49

Dans cette capture, le DICE visualise la carte sociale des livres centrée sur Kedge campus de Marseille et filtrée sur les seuls manuels en français. Chaque livre est un cercle dont la couleur du halo indique la thématique (Rouge pour Finance, Jaune pour Comptabilité / Contrôle de Gestion etc…). Des milliers de livres sont ainsi socialement cartographiés dans leurs proximités et leurs distances. Petite Poucette embrasse ainsi la bibliothèque en un seul écran. Chaque livre est un maillon de ce graphe coloré, maillon uni, au travers du graphe, aux autres livres qui lui sont et voisins et distants.
Cette carte est mouvante : ici et a fortiori la carte n’est jamais le territoire. Le territoire est ré-inventé en permanence par les Petites Poucettes. Leurs usages nourrissent le DICE qui, en retour, alimente de nouveaux usages.
Petite Poucette n’est jamais égarée : le DICE lui propose sur la carte des itinéraires de lecture à partir du livre qu’elle a retenu. Dans la capture 2 issue de la carte globale (toutes écoles de commerce et donc toutes Poucettes confondues), le livre affiché est associé à son sillage social matérialisé par un chapelet coloré et un ruban de couvertures de livres. De ce sillage, Petite Poucette peut faire une étagère.

Capture d’écran 2015-04-24 à 15.48.12

Petite Poucette peut également effectuer des recherches sur base de mots-clés et visualiser non seulement les livres qui contiennent lesdits mots-clés mais aussi (et peut-être surtout) les livres qui leur sont voisins bien que ne contenant pas les mots-clés choisis comme l’illustre cette troisième capture :

Capture d’écran 2015-04-24 à 15.49.41

Chaque cercle est un livre contenant le mot-clé, ici « leadership » : il est visualisé en préservant l’affichage des livres qui lui sont voisins. Petite Poucette peut musarder à la découverte de livres dont elle ne soupçonnait pas l’existence.
Avec le DICE, le HUB, nouvel espace de partages et de rencontres, réussit l’hybridation physique-numérique. Le HUB n’est pas la simple addition d’une bibliothèque traditionnelle et d’une bibliothèque numérique. Cette addition serait stérile car elle ne prendrait pas en compte les aspirations légitimes de Petite Poucette. Elle passerait par pertes et profits les nouveaux outils visuels de médiation des contenus auxquels l’analyse passionnée et passionnante des données issues des usages de Petite Poucette donnent accès. Le HUB est un remarquable lieu d’expérimentation, d’apprentissage dans lequel la visualisation des informations et des usages apportent un levier inégalé.
Conclusion :
On reproche (trop) souvent à Petite Poucette son éparpillement, son manque d’attention.
On l’aura compris, ces griefs nous intéressent fort peu.
Petite Poucette nous inspire. Elle sait bricoler, tâtonner, se fourvoyer, revenir sur ses pas. Son agilité est un capital immense dont on n’a pas encore pris la juste mesure. A charge aux parents des Petites Poucettes que nous sommes de leur donner les espaces dans lesquelles leurs qualités seront magnifiées.
C’est toute l’ambition du HUB car pour paraphraser Michel Serres « nous voudrions avoir dix-huit ans, l’âge de Petite Poucette et de Petit Poucet, puisque tout est à refaire, puisque tout reste à inventer. »

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